Liban : Israël rase un hôpital, jusqu’où ira l’impunité ?

L’hôpital Ghandour, à Nabatiyeh, a été entièrement détruit par une frappe israélienne. Israël affirme qu’un centre de commandement du Hezbollah y était installé, sans avoir rendu publiques les preuves de cette accusation.

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Dans la nuit du 5 au 6 septembre, l’aviation israélienne a entièrement détruit l’hôpital Ghandour, à Nabatiyeh, dans le sud du Liban. Une infrastructure médicale rayée de la carte alors que les bombardements israéliens se poursuivent malgré le cessez-le-feu. Israël affirme que le bâtiment abritait un centre de commandement du Hezbollah. À ce stade, aucune preuve publique permettant de vérifier cette affirmation n’a été présentée.

Un hôpital entièrement détruit

Il ne reste pratiquement rien de l’hôpital Ghandour de Nabatiyeh al-Fawqa. Le 6 septembre, des frappes israéliennes ont entièrement détruit cet établissement de quatre étages.

L’hôpital n’accueillait plus de patients au moment de l’attaque. Selon les autorités libanaises, il avait cessé son activité environ deux mois auparavant en raison de l’intensification des bombardements dans la région. Il avait toutefois joué un rôle important lors des précédentes escalades, en soignant des habitants et en accueillant des personnes déplacées.

Israël invoque le Hezbollah

L’armée israélienne assume la frappe et affirme qu’un centre de commandement du Hezbollah se trouvait dans l’ancien hôpital. Elle dit que des membres du mouvement y menaient des activités de surveillance et d’artillerie.

Mais selon le Financial Times, Israël n’a fourni publiquement aucune preuve permettant d’étayer cette accusation. Cette absence de preuve publique ne permet pas, à elle seule, de conclure à l’illégalité de la frappe, mais elle rend indispensable un examen indépendant des circonstances de l’attaque.

En droit international humanitaire, les établissements sanitaires bénéficient d’une protection particulière. Cette protection peut être perdue dans certaines conditions si un établissement est effectivement utilisé pour commettre des actes nuisibles à l’ennemi. Même dans ce cas, les principes de précaution, de distinction et de proportionnalité continuent de s’appliquer.

17 hôpitaux endommagés

La destruction de Ghandour n’est pas un événement isolé. Selon le ministère libanais de la Santé, 17 hôpitaux ont été endommagés par des frappes israéliennes depuis le 2 mars 2026 et trois établissements du sud du Liban ont été mis hors service.

Le ministère libanais qualifie la destruction de Ghandour de nouvelle « violation grave » du droit international humanitaire. Le même jour, les frappes ont également endommagé un bâtiment du ministère libanais des Finances à Nabatiyeh.

Le président libanais Joseph Aoun a dénoncé une « dangereuse escalade », accusant Israël d’étendre ses attaques à des institutions de l’État et à des infrastructures civiles et sanitaires.

Quelques heures plus tard, de nouveaux civils tués

La destruction de l’hôpital a été suivie d’une nouvelle nuit de bombardements. À Kfar Rumman, près de Nabatiyeh, au moins 11 personnes ont été tuées, dont deux enfants et deux secouristes, selon l’agence nationale libanaise citée par Reuters. Neuf personnes ont péri dans la destruction d’un immeuble résidentiel et deux secouristes ont été tués dans une frappe distincte contre leur véhicule.

Reuters rapporte qu’aucun avertissement d’évacuation n’avait été publié par l’armée israélienne avant ces frappes.

Qui demandera des comptes ?

La question ne peut pas se limiter au communiqué militaire publié après chaque bombardement. Lorsqu’une armée détruit intégralement un hôpital, même désaffecté, il faut établir quelle menace militaire concrète justifiait sa destruction, quelles informations existaient au moment de la frappe et quelles précautions ont réellement été prises.

C’est précisément ce qu’une enquête indépendante devrait déterminer. Si les conditions permettant de viser légalement le bâtiment n’étaient pas réunies, une telle attaque pourrait constituer une violation grave du droit international humanitaire et, selon les circonstances établies, relever d’un crime de guerre.

Après Gaza, le système de santé libanais paie à son tour un prix considérable aux opérations militaires israéliennes. Un hôpital vient d’être rayé de la carte. Israël affirme qu’il constituait une cible militaire. Une question demeure : qui vérifiera cette justification et qui demandera des comptes si elle ne résiste pas à l’examen ?


Sources : ministère libanais de la Santé, Reuters, Financial Times, L’Orient Today, 6–7 septembre 2026.


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