À Gaza, les gravats ne sont pas seulement le symbole de deux années de guerre génocidaire. Sous les immeubles effondrés se trouvent encore des milliers de corps, des munitions non explosées et, potentiellement, des éléments essentiels pour de futures enquêtes sur des crimes internationaux.
Ce lundi 7 septembre, Francesca Albanese, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les territoires palestiniens occupés, a alerté sur les conséquences d’un déblaiement massif mené sans travail préalable de documentation.
Son message est simple : avant de faire disparaître les ruines, il faut préserver ce qu’elles peuvent encore révéler et permettre l’identification des personnes qui y sont ensevelies.
Des décombres qui peuvent encore parler
Selon les estimations citées par Reuters, environ 61 millions de tonnes de débris se sont accumulées dans la bande de Gaza. Leur évacuation pourrait prendre jusqu’à sept ans. Les autorités palestiniennes estiment par ailleurs que plus de 8 000 personnes restent ensevelies sous les ruines.
Pour Albanese, ces décombres ne peuvent donc pas être traités comme de simples déchets de chantier. Ils peuvent contenir des dépouilles, des fragments de munitions et d’autres éléments matériels permettant de documenter les circonstances de certaines frappes.
Elle demande que les preuves susceptibles d’être utiles à de futures procédures soient recueillies et que les restes humains soient identifiés avant le lancement d’opérations de déblaiement à grande échelle. Elle estime également que les Palestiniens doivent être au cœur de l’organisation de ce travail.
Une course contre le temps
Le problème dépasse la seule question judiciaire. Les ruines sont aussi dangereuses pour les habitants : elles peuvent renfermer des engins non explosés, des matériaux dangereux et des restes humains. Les Nations unies ont déjà engagé des opérations de dégagement et de recyclage de certains débris afin de rouvrir des routes et de permettre l’accès aux infrastructures essentielles.
Mais pour les enquêteurs et les familles des disparus, chaque déplacement de gravats peut aussi compliquer la reconstitution des faits ou la récupération d’un corps.
Albanese affirme par ailleurs que plusieurs sources lui ont signalé la participation d’entreprises israéliennes aux opérations de déblaiement.
La rapporteuse spéciale de l’ONU Francesca Albanese alerte sur un risque majeur : le déblaiement des ruines de Gaza ne doit pas effacer les traces de possibles crimes internationaux. Elle rappelle que ces gravats renferment des restes humains et des éléments matériels qui peuvent être décisifs pour établir les faits, identifier les victimes et permettre, demain, que justice soit rendue. Elle demande que les sites soient documentés, les preuves préservées et les dépouilles récupérées avant tout déplacement ou concassage à grande échelle.
Dans un territoire où des familles cherchent encore leurs proches sous des quartiers entiers réduits en poussière, la reconstruction se heurte désormais à une autre urgence : ne pas effacer, en déblayant Gaza, les traces de ce qui s’y est passé.




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