La ministre chargée de la Lutte contre les discriminations présente la défense du « grand remplacement » comme relevant du débat politique. Une position dénoncée par plusieurs élus, jusque chez Renaissance, et par le Conseil français du culte musulman. Des historiens rappellent les fondements racistes de cette théorie.
Aurore Bergé assure combattre la théorie du « grand remplacement ». Mais elle refuse de la qualifier de raciste. Cette position, défendue sur CNews le 9 septembre puis sur franceinfo le lendemain, lui vaut une série de critiques qui dépassent les rangs de l’opposition.
La ministre considère cette théorie comme fausse et mensongère. Elle estime néanmoins que sa défense relève « du combat politique et de la liberté d’expression ». Selon elle, la qualifier de raciste reviendrait à empêcher d’en débattre. Ses critiques lui reprochent de donner ainsi à une idéologie d’extrême droite le statut d’une opinion politique ordinaire. Le Parisien
Pourquoi cette théorie est raciste
Popularisée par l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus, la théorie du « grand remplacement » prétend que les populations blanches européennes seraient remplacées par des populations immigrées, notamment musulmanes, avec la complicité supposée des élites.
Son caractère raciste repose sur cette séparation : l’appartenance à la nation est définie par les origines, la couleur de peau ou la religion. Dans cette représentation, des citoyens français restent considérés comme étrangers au peuple français, indépendamment de leur nationalité.
Interrogé par Public Sénat, l’historien Nicolas Bancel rappelle que « la composante raciale est au cœur de cette théorie ». Yvan Gastaut en situe les racines dans des discours plus anciens, nourris d’antisémitisme et de peur du métissage.
Valérie Igounet, historienne spécialiste de l’extrême droite, souligne également son caractère xénophobe et complotiste. Elle rappelle que l’auteur des attentats contre deux mosquées de Christchurch, en Nouvelle-Zélande, avait intitulé son manifeste The Great Replacement. Pour ces chercheurs, il ne s’agit donc pas d’un simple désaccord sur l’immigration, mais d’une lecture raciale de la population associée à un prétendu complot. Public Sénat
Le CFCM dénonce une banalisation
Dans un communiqué daté du 11 septembre, le Conseil français du culte musulman exprime sa « profonde indignation ». Il interpelle directement la ministre : « quand on est chargé de lutter contre les discriminations, on ne banalise pas une théorie complotiste et raciste ».
Le CFCM juge ces déclarations particulièrement graves au regard des responsabilités d’Aurore Bergé. Il rappelle que cette idéologie présente les populations immigrées, notamment musulmanes, comme une menace existentielle pour une population supposée « de souche ».
L’organisation conteste également sa présentation comme une simple opinion politique. Elle évoque des condamnations concernant des propos et des écrits empruntant à son langage, puis rappelle l’influence revendiquée de cette idéologie sur l’auteur du massacre de Christchurch.
« La lutte contre le racisme ne peut pas être à géométrie variable », insiste le Conseil. Il considère qu’une ministre chargée de combattre les discriminations ne peut contribuer à banaliser une idéologie ayant inspiré des terroristes.
Prisca Thevenot désavoue sa collègue
La critique est venue jusque du parti présidentiel. Prisca Thevenot, députée Renaissance et ancienne porte-parole du gouvernement, a publiquement interpellé Aurore Bergé : « Tu expliques qu’une théorie raciste, ça se débat comme une opinion politique ? »
L’élue rappelle que le « grand remplacement » est une théorie complotiste ayant motivé des attentats terroristes.
Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, lui a donné raison. Il a mis en question le maintien d’Aurore Bergé à son poste, estimant que son refus de reconnaître le caractère raciste de cette idéologie pose un problème au regard de sa mission ministérielle. RTL
À gauche, plusieurs élus dénoncent ses propos
Le député insoumis Antoine Léaument a lui aussi soutenu Prisca Thevenot. Il dénonce une théorie raciste issue de milieux complotistes antisémites et juge « sidérant et insultant » qu’une ministre chargée de lutter contre les discriminations en fasse un objet de débat. Le JDD
Bastien Lachaud, député LFI, a dénoncé une « déchéance politique, intellectuelle et morale ». Le député Génération·s Benjamin Lucas a réagi par le mot « Répugnant ». Le Parisien
Thomas Portes a dénoncé « la honte absolue », rappelant les 51 morts de Christchurch et l’idéologie du terroriste. Le HuffPost
Le député Aurélien Rousseau a, pour sa part, dénoncé une « coupable complaisance » envers une théorie relevant d’un « racisme sans fard ». Matthieu Pigasse a également accusé les responsables politiques qui poursuivent l’extrême droite sur son terrain d’en banaliser les mots, les obsessions et le racisme. La Dépêche, avec AFP
Le gouvernement défend la ministre
Malgré ces condamnations, le gouvernement a maintenu son soutien. Sa porte-parole, Maud Bregeon, a dénoncé un « bien mauvais procès », estimant qu’Aurore Bergé avait rappelé l’état du droit.
Après le Conseil des ministres, la ministre a réaffirmé son opposition à cette théorie tout en contestant les demandes qu’elle attribue à l’extrême gauche. Elle soutient que celle-ci ne tombe pas, en tant que telle, sous le coup de la loi.
Cette défense ne répond pas au reproche formulé par le CFCM et plusieurs élus : ils ne lui demandent pas seulement de contester la véracité du « grand remplacement », mais d’en reconnaître les fondements racistes. La Dépêche, avec AFP





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