Frappes de nuit au domicile, téléphones piratés, intelligence artificielle, estimation du nombre de civils susceptibles d’être tués : le documentaire « NAZA », présenté ce jeudi à la Mostra de Venise, donne la parole à 24 membres de l’armée et du renseignement israéliens ayant participé à la guerre à Gaza.

Pendant trois ans, les réalisateurs israéliens Yuval Abraham et Rachel Szor ont recueilli leurs témoignages. Tous parlent anonymement, leurs visages et leurs voix ayant été modifiés afin qu’ils ne puissent pas être identifiés.

Ce qu’ils décrivent ne porte pas seulement sur ce qui se passe après une frappe, mais sur ce qui la précède : la manière dont une cible est identifiée, localisée et finalement attaquée, ainsi que l’estimation des civils susceptibles de mourir avec elle. Un officier interrogé dans le film parle de « tueries de masse à une échelle industrielle ».

« NAZA », le nombre de civils susceptibles de mourir

Le titre du documentaire vient du vocabulaire militaire israélien. « NAZA » est un acronyme utilisé pour désigner les victimes civiles attendues lors d’une attaque. Selon les témoignages recueillis, ce nombre pouvait être calculé avant certaines frappes.

Yuval Abraham explique que le système décrit dans le film permettait de viser des personnes alors qu’elles se trouvaient dans des espaces civils, notamment chez elles. Dans certains cas, affirme-t-il, le nombre de victimes civiles anticipées pouvait atteindre plusieurs centaines lors d’une attaque particulièrement importante.

Des cibles identifiées grâce à l’intelligence artificielle

Des officiers décrivent des systèmes assistés par intelligence artificielle capables d’analyser des données afin d’identifier rapidement un grand nombre de membres présumés du Hamas, y compris des combattants considérés comme subalternes. Des milliers de téléphones auraient été surveillés ou piratés afin de suivre les déplacements des personnes recherchées.

Les frappes pouvaient ensuite avoir lieu lorsqu’une cible était localisée chez elle, souvent la nuit. Un officier affirme qu’une information détectée sur le téléphone d’un enfant, indiquant en substance que « papa est à la maison », pouvait contribuer à déclencher une frappe. Le Guardian rapporte également que des agents du renseignement pouvaient écouter clandestinement les conversations des personnes surveillées avec leur femme ou leurs enfants jusque dans les instants précédant leur mort.

Frappés chez eux avec leur famille

Les militaires interrogés expliquent que certaines personnes identifiées comme cibles étaient attaquées dans leur domicile alors que leur famille s’y trouvait également. Selon ces témoignages, la présence de civils n’empêchait donc pas nécessairement l’autorisation d’une frappe.

Des quartiers détruits avec des habitants encore présents

Des témoins racontent la destruction de quartiers dans lesquels l’armée estimait elle-même que jusqu’à 25 % des habitants pouvaient encore se trouver dans leurs logements. Le documentaire contient également des témoignages sur l’incendie systématique de maisons civiles au cours d’opérations terrestres.

Des zones interdites dont les habitants ignoraient les limites

Un autre passage concerne les « no-go zones », des secteurs considérés par l’armée comme interdits. Selon un officier interrogé, les Palestiniens présents sur place n’étaient pas nécessairement informés de l’emplacement exact de ces limites. Des civils pouvaient donc les franchir sans savoir qu’ils entraient dans une zone militaire.

À propos de ces personnes, un officier déclare dans le documentaire : « Ils doivent apprendre avec le sang. » Les témoignages évoquent également des civils tués à proximité d’un site de distribution alimentaire.

Une unité secrète liée au bureau de Netanyahou

Plusieurs personnes interrogées dans « NAZA » travaillaient dans une unité secrète du renseignement relevant directement du bureau du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou, selon le Guardian. L’un de ces témoins affirme que la mission de cette structure était de « contrecarrer la paix ».

Les 24 témoins n’abordent pas leur participation à la guerre de la même manière. Yuval Abraham explique que certains expriment des regrets, tandis que d’autres racontent ce qu’ils ont fait avec davantage de détachement, voire de fierté.

Trois ans pour recueillir leurs témoignages

Il aura fallu trois ans aux réalisateurs pour convaincre ces militaires et membres du renseignement de parler. Leur objectif déclaré est d’examiner les ordres, les politiques et les pratiques encadrant les opérations, plutôt que de se concentrer uniquement sur des actes individuels.

Sollicitée par Reuters au sujet des éléments précis contenus dans le documentaire, l’armée israélienne n’avait pas répondu au moment de la publication de la dépêche. Israël affirme de manière générale prendre d’importantes précautions afin de limiter les pertes civiles et accuse le Hamas d’utiliser la population de Gaza comme bouclier humain. Le Hamas conteste cette accusation.

« NAZA » a été réalisé par Yuval Abraham et Rachel Szor, deux des quatre cinéastes à l’origine de « No Other Land », Oscar du meilleur documentaire en 2025. Produit par le Guardian, le film fait partie des œuvres présentées à la Mostra de Venise.

Sources : Reuters, The Guardian — 10 septembre 2026.


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